Dépaysement doux

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Depuis quelques mois, Et d’ailleurs s’est délocalisé.

Oh, pas bien loin, pas à l’autre bout du monde: chez notre voisin ibérique, juste de l’autre côté des Pyrénées.

Arriver quelque part avec deux valises et se dire: « ça va être chez moi », pour quelques mois du moins … Une expérience inédite pour moi, et que je scrute avec avidité. Qu’est-ce que ça fait? Est-ce que ça te change? En quoi est-ce différent de venir pour quelques jours de vacances ?

L’exercice aurait été probablement plus simple dans un lieu un peu plus exotique.

Oui mais voilà, je suis à Madrid, une ville que je connais déjà. Je suis chez nos cousins du Sud, une culture pas si éloignée de la notre. Dans les rues, des McDo, des Starbucks, des Zara, des Mango…

Au delà de cette proximité de modes de vie, de cette uniformisation de surface, il suffit pourtant de gratter un peu pour trouver le dépaysement. Pas l’exotisme absolu, pas les climats extrêmes, pas l’inconnu total, mais le dépaysement doux, de subtils décalages, des détails entraperçus, qui font toucher du doigt le « typique » madrilène. Enfin peut-être…

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L’été 2012 sera « cumbia »

Oubliez les affligeants « Z Dance » et autres « Tacata« . Le vrai rythme latino qui monte en ce moment, c’est la cumbia!

Oui, oui la cumbia. Cette musique qui a déjà plus de quatre siècles d’existence et qui a essaimé de sa Colombie natale jusqu’au Mexique et à la Terre de Feu.

C’est que, longtemps peu considérée, reléguée aux exhibitions folkloriques ou aux fêtes de quartiers mal famés, la cumbia connaît un retour en grâce en Amérique latine depuis quelques années, et cette vague est sur le point de traverser l’Atlantique.

Les premiers signes de cette vague néo-cumbia étaient déjà parvenus sur les rivages européens au cours de ces dernières années. Cette intro de clarinette vous dit ainsi probablement quelque chose:

Tout comme les mélodies dansantes de Systema Solar:

Mais depuis quelques mois, le phénomène s’accentue et, cet été, des lundis de RKK à la Plage du Glazart, en passant par les péniches des bords de scène, les occasions seront nombreuses d’y frotter vos oreilles.

Le festival Tempo Latino, la mecque des danseurs de salsa, bouscule même sa programmation cette année pour lui faire une belle place: la légendaire Toto la Momposina et les petits nouveaux de Chico Trujillo.

Mais de quoi parle-t-on exactement? Quoi de commun en effet entre la cumbia colombienne traditionnelle, la cumbia mexicaine option masque de catcheur, la cumbia villera des faubourgs de Buenos Aires et la nouvelle vague d’életro-cumbia ?

Toto la Momposina, ambassadrice de la musique traditionnelle colombienne

Pour comprendre comment cette musique a conquis l’ensemble du continent latino-américain, remontons quelques siècles en arrière…

La cumbia traditionnelle

La cumbia apparaît au XVIIème siècle, sur la côte caribéenne de la Colombie et de l’actuel Panama. Mêlant tambours des esclaves noirs, puis flûtes des tribus indiennes Kogui et Kuna, et enfin danses des colons espagnols, elle synthétise les trois apports culturels du pays.

Dans sa forme traditionnelle, la cumbia fait entendre une « tambora » (tambour basse à double peau frappé avec un bâton), un « tambor llamador » (tambour d’appel), un « tambor alegre » (tambour joyeux), une flûte « de millo », une « gaita macho » (flûte mâle à deux trous) et une « gaita hembra » (flûte femelle, plus longue et avec cinq trous). Plus tard viennent s’y ajouter les maracas, puis l’accordéon, introduit en Colombie par des immigrants allemands.

Les instruments de base de la cumbia : tambor alegre, gaitas, tambora, tambor llamador, maracas et sombrero voltia’o (chapeau traditionnel de la côte Atlantique de la Colombie)

Quant à la danse, initialement à caractère religieux (elle est dansée lors des cérémonies de célébration de la Vierge de la Chandeleur), elle se laïcise rapidement et se codifie comme un rituel de séduction.

La femme se déplace par mouvements circulaires, marquant le rythme des tambours avec ses hanches. Elle agite ses longs jupons et brandit une grappe de bougies pour repousser les ardeurs de son soupirant. L’homme la suit, une main dans le dos, tournant sur lui-même et se découvrant la tête au passage de sa belle. Son foulard rouge, agité en l’air, servira aussi à entourer la danseuse devenue moins farouche. Le tout, cela va sans dire, était considéré comme bien trop indécent pour la bonne société de l’époque.

En images, ça donne à peu près ça (avec les bruits de vent en prime):

Et comment la cumbia s’est exportée hors de Colombie ? Et est-ce qu’on peut encore appeler ça de la cumbia ? Et où écouter de la cumbia cet été ? Et quels sont les groupes de cumbia sympas résidant en France ?

Pour savoir tout ça … il vous faudra attendre le prochain épisode de « L’été 2012 sera cumbia » !

 

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Le coup du mojito

(DR)

On en a tous déjà été victimes. Dans l’euphorie d’une soirée, pour oublier le temps gris souris, se rappeler ses dernières vacances à La Havane ou à Punta Cana, on s’approche du bar et « Hop ! Soyons fous ! » : on commande un mojito.

On a déjà été échaudés par le passé mais l’endroit – une salle de concert parisienne – a plutôt de la gueule, et la carte aussi d’ailleurs : à 12 euros le verre, on espère quand même avoir un cocktail digne de ce nom.

Las ; le breuvage est tiède, le rhum est aux abonnés absents et, si ce n’étaient les deux-trois feuilles de menthe flottant entre deux eaux, on aurait vraiment l’impression de siroter un soda au citron…

Et là, je m’insurge ! Le cocktail n’a pas vocation à être un attrape-couillon. Il ne devrait pas non plus vous coûter un bras de la tête ou la peau des yeux (ou l’inverse) pour être de qualité…

Alors certes, on peut tenter le rhum sec, et demander sa marque préférée de cinq ans d’âge d’un air assuré. Mais si, vraiment, on veut sa part de rêve et son petit parasol coloré, on fait quoi ?

L’union faisant la force, je fais donc appel à toutes les contributions pour connaître vos meilleures adresses de bons cocktails pas trop chers à Paris.

Cosmopolitan, caïpirinha ou tequila sunrise?

Pour commencer la liste:

Le Fumoir, et son caïpiroska framboise préparé au bar devant vos yeux (pour le bien-être de votre portefeuille, préférer quand même l’happy hour)

-Le Crocodile, et sa carte inépuisable (ne pas avoir peur des tables un peu collantes).

La Folie en Tête, qui trône sur la Butokaï (lieu de résistance des toilettes à la turque… On aime… ou pas!)

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« Et d’ailleurs » évolue

© Strezhnev Pavel – Fotolia

Ce blog, c’est le regard d’une journaliste française sur ce qui se passe sous d’autres cieux, mais aussi une envie de lever le rideau sur ceux qui, ayant grandi ailleurs, ont un jour posé leurs valises ici.

Qui ? Un dessinateur iranien réfugié en France, un étudiant mexicain devenu prof de droit à Paris, le président d’une association culturelle franco-africaine…

Leur point commun : ils vivent à Paris mais n’y sont pas nés.

Anonymes ou célèbres, certains ont choisi cette ville, en ont même longtemps rêvé, d’autres ont atterri ici un peu par hasard et sont restés. C’était hier ou c’était il y a trente ans.

Quel regard portent-ils sur leur ville d’adoption ? Sur ses habitants ? Comment se la sont-ils appropriée ? Comment la font-ils bouger ? Comment leurs initiatives contribuent-elles à la richesse de notre capitale ?

Vous retrouverez donc prochainement, aux côtés des posts habituels, des rencontres et des entretiens avec certaines de ces personnes qui ont franchi le cap : aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs.

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Les mots pour le dire

 

Alors que l’on commémore ces jours ci les 50 ans de la fin de la guerre d’Algérie, on a peine à croire qu’il ait fallu attendre 1999 pour que la France reconnaisse officiellement qu’il s’agissait bien d’une guerre.

Il y avait des morts, beaucoup de morts, il y avait des combats, on a envoyé des soldats par milliers ; évidemment que c’était une guerre!, a-t-on envie de dire.

Mais les motivations des gouvernements de l’époque pour ne qualifier que d’ « évènements » ou d’« opérations » ce qui se passait de l’autre côté de la Méditerranée ne sont pas si anachroniques que ça.

Ce terme reste en effet un enjeu dans bien des conflits de la planète, notamment en Amérique latine. Car qui dit « guerre » dit respect du droit de la guerre, et reconnaissance du statut de belligérant pour toutes les forces en présence.

Hier comme aujourd’hui, pas facile à avaler pour des gouvernements centraux aux prises non avec une autre puissance hostile, mais avec des indépendantistes ou des guérillas qui contestent leur autorité. Parler de « bandits » ou de « terroristes » – ce dernier mot ayant fait florès après le 11 septembre 2001 – semble bien plus commode, à raison ou pas, pour ancrer symboliquement ces groupes du côté de l’illégitimité, de l’illégalité.

De leur côté, les acteurs armés non étatiques en font souvent une revendication essentielle. Faire reconnaître leur statut de belligérant, à l’étranger ou dans leur pays, c’est obtenir une légitimation de leur combat et une garantie face à l’Etat.

La guérilla des Farc, en Colombie, en a ainsi toujours fait une revendication cruciale dans ses dialogues avec les autorités. Et, renversant le terme de « terroriste » que lui a accolé l’Etat colombien, notamment à partir du gouvernement d’Alvaro Uribe, la propagande du groupe armé qualifie à son tour de « terrorisme d’Etat » les agissements du gouvernement.

Au Pérou, ces derniers mois, la popularité croissante d’une campagne pour l’amnistie des anciens membres du Sentier Lumineux a fait ressurgir dans le débat public les années de violence, souvent méconnues de la jeune génération. Et, de nombreux commentateurs, à la télévision comme sur les forums Internet, rejettent avec véhémence les qualificatifs de « conflit interne » ou de « guerre civile » pour parler de ces évènements, n’acceptant que celui de « violence terroriste ». Au milieu de la polémique, le gouvernement de Lima en a même profité pour modifier les manuels scolaires.

Mais alors, quels mots doit-on utiliser, comment doit-on qualifier ces groupes armés lorsque l’histoire est en train de se faire ? Comment trancher tout en ayant conscience que les mots sont armés, sans prêter le flanc aux accusations de favoriser l’un ou l’autre groupe ?

Conscients de cette difficulté pour les journalistes travaillant au cœur des conflits, l’association colombienne Medios para la Paz – je met le lien vers leur page Facebook car leur site Internet semble être hors d’accès ces derniers temps – édite ainsi depuis 1999 un diccionaire « pour désarmer les mots », qui passe au crible 600 termes utilisés dans la couverture médiatique du conflit, tentant de leur redonner leur juste sens et leurs limites. D’autres initiatives vont dans ce sens, tel cet article de l’hebdomadaire Semana, paru en 2008. Pour le cas du Pérou, voici un article qui, à mon avis, remet aussi les choses en place.

 

Le dictionnaire "pour désarmer les mots" de Medios para la paz

Le dictionnaire "pour désarmer les mots" de Medios para la paz

 

Mais, même si l’on parle de « terroristes » ou de « délinquants », on reconnaît au moins qu’il se passe quelque chose… Car cette logique étatique est parfois poussée plus loin, jusqu’à l’absurde. Ainsi, même si le niveau de violence en Colombie a baissé ces dernières années, n’est-il pas indécent de voir certains responsables politiques ou commentateurs gloser sur la gestion de l’ « après-conflit », alors qu’une grande partie de la population subit au quotidien les conséquences d’affrontements qui n’en finissent pas ?

Connaissez-vous l’existence du même type de situations dans d’autres pays, d’Amérique latine ou d’ailleurs ?

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Du gaz au pied du sapin

Le 24 décembre au matin, les caleños (1) ont reçu un peu en avance un cadeau de Noël qu’ils n’attendaient plus: le gaz!

Depuis une semaine, la ville, ainsi qu’une grande partie du Valle del Cauca et de l’Eje Cafetero (2), n’étaient plus alimentés en gaz naturel. La cause: des pluies torrentielles incessantes, un glissement de terrain dans le département du Tolima, et un gazoduc qui passait par là.

Or la plupart des foyers de Cali cuisinent au gaz, et une bonne partie des véhicules préfèrent utiliser ce combustible, meilleur marché que l’essence.

Résultat, les habitants se sont lancé dans une course aux plaques électriques et ont dévalisé en quelques heures les stocks des magasins de la ville, qui ont au passage confortablement augmenté leurs prix.

Ceux repartis bredouille se voyaient déjà devoir confectionner le repas de Noël avec leur seul cuiseur à riz quand, le 23 décembre au matin, une nouvelle crainte s’ajouta à l’absence de gaz: la pénurie d’essence.

En cause, un drame survenu à l’aube dans le département de Risaralda. Un mouvement de terrain associé à une importante quantité d’eau accumulée a provoqué la rupture d’un oléoduc. Une explosion est survenue et le pétrole s’est enflammé détruisant tout sur deux kilomètres à la ronde et provoquant la mort de 14 personnes.

Le village de Dosquebradas, Risaralda, après l'explosion (Photo: Javier Nieto /CEET)

Le village de Dosquebradas, Risaralda, après l'explosion (Photo: Javier Nieto /CEET)

La compagnie nationale Ecopetrol a eu beau tenter de rassurer, en affirmant que les réparations ne prendraient que deux jours, et qu’elle avait des stocks d’essence pour huit jours, des files d’attente impressionnantes se sont formées devant les pompes à essence… Des taxis ne voulant pas risquer de ne pas pouvoir travailler, des automobilistes voulant à tout prix pouvoir rejoindre leur famille pour Noël.

Finalement, le gaz est revenu, l’essence n’a pas manqué, et Cali a pu fêter la Nochebuena (3) dans les règles de l’art: avec une avalanche de buñuelos, de natilla et d’aguardiente (4).

Buñuelos et natilla.

Autre tradition locale moins sympathique: la nuit s’est soldée par 13 morts violentes, dont huit par arme à feu.

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(1) Les habitants de Cali.

(2) Région spécialisée dans la culture du café, qui rassemble les petits départements de Caldas, Risaralda y Quindío.

(3) Le réveillon du 24 décembre.

(4) Alcool anisé issu de la première distillation de la canne à sucre.

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¡Llegó diciembre!

Si j’espérais échapper à la fièvre de Noël en quittant Paris, c’est raté !

Ici, « la Navidad » est une affaire sérieuse, qui dure tout le mois de décembre. D’ailleurs c’est comme ça qu’on en parle : « ¡LLegó diciembre ! » (décembre est arrivé !).

Dès le 1er du mois, les évènements se bousculent : les entreprises qui font une fête de fin d’année pour leur salariés, les concerts, les célébrations populaires liées au calendrier religieux.

Ainsi, le 7 décembre au soir, veille de l’immaculée conception, les habitants fêtent « el día del alumbrado » (le jour de l’illumination), aussi appelé populairement « día de las velitas » (le jour des bougies). Pour accueillir Noël, chacun est invité à mettre des bougies sur son rebord de fenêtre ou dans son jardin.

Célebration du jour des bougies à Cartagena (photo: archives El Universal)

Les fortes pluies ont toutefois contrarié la fête dans beaucoup d’endroits du pays comme dans la ville où je me trouvais ce jour là, Buenaventura: les rares bougies téméraires installées par le voisin d’en face n’ont pas tenu bien longtemps face aux trombes d’eau et aux rafales de vent !

Deux jeunes filles tentent d'échapper à l'"aguacero" à Buenaventura (Photo: Amélie Baubeau)

Pour la fin de l’année, les gens repeignent aussi leur maison de frais, la décorent avec force guirlandes et illuminations, dans un style souvent quelque peu… chargé.

Maison décorée dans une rue de Cali (Photo: Amélie Baubeau)

Ces préparatifs prennent une saveur particulière à Cali, la troisième ville du pays, où le mois de décembre culmine avec la Feria, sept jours de fêtes, de concerts, de carnaval et de corridas entre Noël et le jour de l’an.

Même sous les tropiques, Noël se fête avec un sapin (synthétique), un bonhomme de neige sur le balcon, et un vieux monsieur en rouge et blanc, bien trop couvert pour les températures locales… Vous avez dit « soft power » ?

Arbre de Noël dans un centre commercial de Cali (Photo: Amélie Baubeau)

Pendant ce temps, le matraquage publicitaire n’épargne ni les petits, ni les grands : à la télé, dans les magazines, sur les affiches, les petites filles se voient proposer des poupées, les petits garçons des circuits automobiles, tandis qu’on suggère au papa d’offrir un voyage pour toute la famille sur l’île caribéenne de San Andrés ou … une chirurgie esthétique à sa femme.

Qui dit fièvre acheteuse et publicités incitatives dit aussi convoitise… Entre ceux qui enragent de ne pouvoir s’offrir la dernière console à la mode et ceux qui ont commencé à faire la fête en oubliant la modération, la tension augmente, les esprits s’échauffent facilement, et le nombre de bagarres et de vols augmente.

Aussi, la plupart des grandes villes annoncent avec fierté leur « Plan Navidad » (Plan Noël), avec renforcement de la présence policière, notamment à proximité des agences bancaires et des lieux fréquentés par les touristes (décembre est aussi le mois où la plupart des colombiens prennent leur vacances et voyagent dans le pays).

Autre tradition qui n’est pas sans risques : les pétards et fusées artisanaux. En dépit des messages de prévention répétés et de l’interdiction de la vente aux moins de 18 ans, la manipulation de poudre explosive a fait 165 blessés – dont 99 mineurs – depuis le début du mois, selon les chiffres de l’Instituto Nacional de Salud.

Les victimes, brûlées aux bras, au torse ou aux yeux, pour certaines amputées de plusieurs doigts ou d’un bras, regretteront sans doute amèrement de ne pouvoir profiter de la période de l’année qu’ils attendaient le plus.

— Non cyniques, s’abstenir de lire la suite, merci —

 

 

 

 

C’est peut-être de là que vient le fameux dicton: « Pas de bras, pas de chocolat » !

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